Témoignage – Albert André (2 juin 2025)

Ce 30 juin 2025, Albert André quitte sa fonction de Président du CPAS tout en restant Conseiller communal à Stoumont, permettant ainsi à Alexandre Rennotte de rentrer au Collège communal en tant qu’échevin. A cette occasion, il paraissait opportun de revenir sur le parcours exceptionnel d’Albert André au sein de la Commune de Stoumont. Son engagement, son humanité et sa persévérance ont marqué la vie locale pendant de nombreuses années. A travers cet entretien, le groupe #VivrEnsemble a souhaité lui donner la parole afin de partager son expérience, ses souvenirs, ses valeurs et sa vision de l’avenir.

1) Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’engager en politique à Stoumont ?

C’est en 2000, qu’on m’a proposé de m’engager en politique. J’étais secrétaire du CPAS depuis avril 1980. J’ai accepté en précisant que ce qui m’intéressait le plus, c’était la présidence du CPAS car c’est un secteur que je trouvais très important et que je connaissais bien. Auparavant, la CAP (Commission d’assistance publique) ne venait en aide qu’aux indigents, le CPAS lui peut aider  les citoyens dans plusieurs domaines.  

2) Peux-tu nous raconter tes débuts en politique ? Quels souvenirs gardes-tu ?

Nous avons gagné les élections en 2006 avec Didier Gilkinet et toute l’équipe ; nous étions extrêmement motivés malgré les nombreux défis à relever. Nous avons découvert peu à peu ce qu’était réellement la gestion communale au jour le jour. J’ai été désigné président du CPAS mais aussi échevin des Finances. Ayant été auparavant comptable à la Province, j’avais une certaine expérience de la gestion budgétaire. J’ai ainsi pu découvrir les problèmes financiers de la Commune, il a fallu faire des choix dans les dépenses, les travaux… À l’époque les ventes de bois offraient encore de bons rendements ce qui a permis de faire de beaux travaux. Le ministre Courard était venu à Stoumont et nous avait octroyé des subsides importants.

3) Quels ont été les moments les plus forts ou les plus émouvants de ta carrière ?

J’ai vraiment été touché par la détresse des gens sur le terrain, des gens qu’on n’imaginait pas venir un jour frapper à la porte du CPAS. Des personnes qui avaient perdu leur travail, qui se retrouvaient sans revenus, des femmes avec des enfants, qui se retrouvaient sans logement, des indépendants, des personnes qui n’arrivaient pas à boucler leur fin de mois et qui venaient pour avoir une avance, une aide pour des achats de première nécessité. Lorsque des personnes isolées, des familles s’adressent au CPAS en dernier recours pour obtenir de l’aide, et qu’elles finissent par s’en sortir grâce à l’écoute et au suivi des services et vous adressent un signe, un remerciement, ce jour-là, c’est une victoire, simple, silencieuse, une mission remplie.

Et parmi les moments forts, y a-t-il eu des moments joyeux ? 

Bien sûr, mais j’ai plutôt envie de parler de moments légers, ce sont les rencontres avec les habitants.  Nous avons vraiment participé à tous les événements, toutes les invitations sur la commune, et nous avons appris à connaître les 55 hameaux et villages. Nous avons découvert des endroits, des gens qu’on ne connaissait pas. Et cela, c’était quelque chose d’agréable, d’enrichissant. Nous avons toujours été une bonne équipe et nous avons continué dans le même esprit. Et cela continuera, parce que je reste conseiller, je continuerai à participer aux activités, je ne vais pas me retirer complètement.

4) En tant que Président du CPAS, quels défis as-tu dû relever, et comment les as-tu abordés ?

Au début de ma carrière de secrétaire du CPAS , nous avons commencé par créer des services. En 1980, nous avons mis en place le service des repas à domicile puis le service des aides ménagères, destiné à venir en aide aux personnes qui ont besoin d’une assistance, faire le ménage, faire les courses, préparer les repas… Quand je suis devenu président, nous avons créé un service de taxi social au travers de la Stoumobile en 2008 puis un magasin de vêtements. Ce fut ensuite la mise en place d’un service de médiation de dettes, avec des assistantes sociales. Le CPAS a aussi mis en place un service d’ouvriers polyvalents ainsi qu’un service « titres-services » ouvert à toute personne de plus de 65 ans ainsi qu’aux personnes qui ont des problèmes de santé ou suite à un accouchement. Dans ce cas, il s’agit uniquement du nettoyage et de l’entretien de la maison.

Et pourquoi avoir intégré les titres-services dans le CPAS ? Parce que finalement, il y a des sociétés de titres-services

C’était le début des titres-services, il n’y avait pas beaucoup d’agences. Nous avons préféré avoir du personnel habitant et connaissant la commune. Cela permet une proximité avec notre population. À l’heure actuelle, le recrutement est difficile.

5) Y a-t-il un projet ou une réalisation dont tu es particulièrement fier ?

Une grande fierté pour notre équipe fut la création des premiers logements publics en 2012. La majorité qui était en place avant nous était contre ce type d’habitations. Il y a d’abord eu Chevron, puis Stoumont près de l’école des filles. En 2014, cinq logements ont vu le jour à Borgoumont et enfin trois à Monthouet en 2018. Tous ces logements publics (on ne dit plus logements sociaux, appellation un peu stigmatisante) sont gérés par le CPAS avec la société de logements « Fagnes et Plateau ». Les gens sont très reconnaissants, ils bénéficient d’un cadre de vie exceptionnel. Le logement public devrait être une priorité du Gouvernement wallon tant les attentes sont énormes. Nous avons créé une ILA (Initiative locale d’accueil) à Moulin-du-Ruy pour accueillir des réfugiés à proximité immédiate de l’école. On participe ainsi à leur intégration.

Et il y a aussi l’un ou l’autre logement de secours ?

Un logement d’urgence a été aménagé à Moulin-du-Ruy. Il est mis à disposition durant une période de quatre mois éventuellement renouvelable, suite à un incendie, une inondation, une expulsion… Nous avons aussi un logement de transit à Chevron pour  six mois , renouvelable une fois. Il est destiné à un ménage en état de précarité ou privé de logement avec un suivi du service social.

6) Comment as-tu vu évoluer la commune de Stoumont au fil des années ?

Dans notre commune, au niveau des infrastructures, du réseau routier, de nos bâtiments, des écoles, des églises, l’exercice budgétaire est un vrai défi. Avec 3200 habitants, donc forcément pas beaucoup de rentrées financières au travers des taxes additionnelles à l’IPP et au précompte immobilier, nous sommes  fort dépendants des ventes de bois. Parfois, nous vendons pour 300 000 euros, parfois pour 600 000 euros. Cela implique évidemment de fortes différences dans les choix qu’on peut poser.

Est-ce qu’il n’y a pas eu une diminution aussi des ventes de bois ?

Justement, cela a tendance à diminuer, et c’est inquiétant. Les gens sont de plus en plus critiques vis-à-vis du réseau routier et pourtant nous ne pouvons pas faire plus. Pour rénover un kilomètre de voirie, il faut presque un million d’euros. Les gens ont du mal à comprendre.

Un autre problème, ce sont les gîtes de plus en plus nombreux. Maintenant, dès qu’il y a un bâtiment à vendre, des investisseurs achètent pour rentabiliser. Nous avons mis en place, depuis quelques années, une politique de régulation.

7) Quelles sont les valeurs qui t’ont guidé tout au long de ton engagement politique ?

Ce sont des valeurs personnelles. J’ai toujours été dans le social, au CPAS, à l’hôpital à Borgoumont où j’ai travaillé de 1977 à 2014. J’ai une grande famille et le besoin de prêter attention aux autres.

8) As-tu une anecdote marquante ou un souvenir touchant avec un habitant ou une habitante de la commune ?

Il y a tellement de gens qui viennent frapper à la porte du CPAS et qu’on a vraiment envie de suivre. Il m’arrive de temps en temps d’aller chez eux pour entretenir le lien qui s’est créé et voir s’ils continuent à s’en sortir, sans trop de problèmes. J’allais à la rencontre des gens.  Et puis, il y a eu les départs à la retraite du personnel, je pense particulièrement à Guy Delatte, qui était notre premier assistant social et avec qui j’ai pu faire tellement de choses…

Le CPAS joue un rôle essentiel mais parfois discret. Comment as-tu œuvré pour le rendre plus proche des citoyens ?

C’est grâce à un travail en équipe que l’on a pu expliquer aux citoyens qu’ils pouvaient s’adresser au CPAS, c’est un service qui est ouvert à tous . Le CPAS a comme mission d’aider chaque personne à vivre dans la dignité. Nous avons édité des brochures reprenant la liste de tous les services offerts à la population. Il y a par exemple la possibilité d’obtenir une allocation de chauffage, c’est une mission qui nous a été confiée par le fédéral. Les bulletins communaux sont également de bons vecteurs d’informations sur les missions du CPAS.

Depuis 2006, le nombre de personnes qui travaillent pour le CPAS a-t-il augmenté ? Cela contribue-t-il aussi à la visibilité des services ?

Nous sommes passés de trois à quinze personnes depuis 1980. A l’époque, nous avions un assistant social à mi-temps, il y en a trois. Nous avons une assistante administrative avec la directrice.

Nous avons le chauffeur de la Stoumobile, la dame qui distribue les repas à domicile, deux ouvriers polyvalents pour entretenir les jardins, les haies et/ou réaliser des menus travaux au bénéfice des habitants en difficulté. Et six personnes pour les services des aides ménagères et titres-services. Le CPAS stoumontois est véritablement devenu une petite entreprise.

9) Quel regard portes-tu sur la politique locale aujourd’hui ? Et sur les jeunes qui souhaitent s’y engager ?

Force est de constater que la politique n’intéresse plus beaucoup les jeunes.

De façon générale, les gens se sentent de plus en plus éloignés du politique. La politique ne répond plus à leurs attentes, c’est devenu une sphère un petit peu « nébuleuse ».  Il y a eu beaucoup de problèmes, des malversations financières, cela n’a pas aidé. Les gens se sont aussi refermés sur eux-mêmes lors de la crise du Covid, ils sont devenus plus individualistes et moins solidaires.

Et pour les jeunes qui s’engagent malgré tout, par exemple dans le groupe #VivrEnsemble?

C’est très enthousiasmant, on a vraiment envie de les aider et de les former. Coline Servaty, Hindatou Ly, Romanne Delmotte et Alexandre Rennotte, sont jeunes et motivés. La benjamine élue au Conseil communal, Coline Servaty (21 ans), fait déjà preuve de beaucoup de maturité.

Et pour Alexandre Rennotte, qui deviendra échevin à partir du 1er juillet 2025 ?

Nous allons le former avec les colistiers,  il est conseiller depuis la précédente mandature, il connait bien sa commune et va reprendre des matières qu’il affectionne.

10) Avec le recul, y a-t-il des choses que tu ferais différemment ?

Non, je ne crois pas. Je ne regrette rien mais cela me fera un petit pincement au cœur quand je vais arrêter,  il y a encore tellement de défis à relever.

11) Et maintenant, quels sont tes projets ou tes envies pour la suite ?

Je vais pouvoir consacrer plus de temps à ma famille, à mes trois petits-enfants, à mes loisirs, tout en continuant à m’impliquer à la Commune. Je reste Conseiller communal et membre du Conseil de Police. Par ailleurs, je viens d’être désigné comme administrateur au sein de l’Organe d’Administration de l’Intercommunale FINIMO. Enfin, je continuerai à accompagner mes colistiers, le personnel du CPAS et le personnel communal.

Cher Albert, nous te remercions pour ce témoignage sincère et inspirant. Ton parcours est un bel exemple de dévouement et de proximité avec les citoyens. Tes paroles resteront une source d’inspiration pour les générations futures à Stoumont. Nous te souhaitons une belle continuation en tant que Conseiller Communal et grand-père, entouré de ceux qui te sont chers, et certainement encore de beaux projets à venir !

Christophe Lejeune & Pierre Thimus

Stoumont, le 2 juin 2025

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